Projet de Création d'un Fonds Spécial pour les Produits Chimiques Phytosanitaires en Afrique

par Benoît B. Bouato avec la collaboration de Germaine F. Moche
mercredi 3 mars 2004.
 
Initiative du FADENAH, proposée au CPI/UA pour l'adoption par les pays membres de l'Union Africaine. Pour cela, cette initiative a été enrichie par le Conseil Phytosanitaire Interafricain et soumise aux instances supérieures de l'Union Africaine, où le processus d'adoption est déjà engagé. Au bas de cet article, vous trouverez des clarifications demandées par l'Union Africaine pour soutenir l'initiative.

Introduction

Dans le cadre de la recherche des solutions durables et locales aux problèmes africains dans tous les secteurs, en conformité avec les idéaux du plan NEPAD, le FADENAH a mené une réflexion approfondie sur le problème des pesticides chimiques en Afrique au cours d'une concertation entre ses experts. Au terme de cette concertation, un comité restreint présidé par le Coordonnateur du FADENAH a été désigné pour la rédaction et la mise en forme des idées avancées. Ce comité a été aussi chargé d'approcher les instances spécialisées de l'Union Africaine pour la recherche des voies menant à l'adoption par les pays membres, du principe de création d'un fonds spécial pour les produits chimiques phytosanitaires en Afrique.

C'est ainsi que le Conseil Phytosanitaire Interafricain (CPI), organe spécialisé de l'Union Africaine pour les problèmes phytosanitaires a été contacter par le FADENAH en vu de lui soumettre ce projet. Le CPI a bien accueillit l'initiative et promit de soutenir le projet jusqu'à sa concrétisation.

Le FADENAH a prit l'engagement ferme de mener une campagne d'explications, dans tous les forums consacrés aux pesticides, afin que cette initiative se concrétise pour sauver l'Afrique de la dépendance dans ce domaine. Cet exposé, qui présente les grandes lignes ayant abouti à la proposition de création de ce fonds, s'inscrit dans cette logique. Cette réflexion est partie du constat ci-dessous :

1- Situation de l'accumulation des pesticides obsolètes en Afrique

D'après une étude de la FAO publiée au début du mois de juin 1996, il y avait 20 000 tonnes des stocks de pesticides devenus obsolètes dans les quelques pays africains où l'inventaire avait été déjà fait. Six ans plus tard, la situation a évolué : 50.000 t de pesticides périmés à détruire en 2002, après l'inventaire (toujours partiel) publié par la FAO à la fin 2001.

Au fil des années, toutes sortes de pesticides ont été importées par les pays en développement, sous forme de dons des organismes d'aide au développement ou des gouvernements. En Afrique, d'après les chiffres publiés par l'ONG international Pesticide Action Network (PAN), le total connu des importations de pesticides s'élève en moyenne à 672 millions de dollars par an. Or 40% au moins de ce total, soit l'équivalent de 269 millions de dollars, ne sont probablement pas utilisés.

2- Les conséquences de l'accumulation des produits chimiques

Les nombreuses preuves scientifiques sur les effets néfastes des produits chimiques sur la santé et l'environnement ont suscité des inquiétudes justifiées au sein de l'opinion publique. Les multiples accidents et maladies, liées aux pesticides, qui surviennent chaque année dans le monde et particulièrement dans les pays en développement ont fini par convaincre la communauté internationale sur la nécessité d'agir.

En effet, les statistiques de l'OMS indiquent que près de 3.000.000 de cas d'empoisonnements graves aux pesticides se produisent annuellement dans le monde. Plus de 80% de ces cas sont enregistrés dans les pays en développement et près de 25.000 à 75.000 personnes meurent de ces empoisonnements. Environ 750 000 personnes contractent chaque année une maladie chronique telle qu'un cancer suite à une exposition à des pesticides.

Par ailleurs, de grandes quantités de pesticides non utilisés représentent une menace grave pour l'environnement. Certains de ces produits chimiques sont si toxiques que quelques grammes suffiraient à empoisonner des milliers de personnes ou à contaminer des zones étendues. Le DDT, la dieldrine et le HCH (hexachlorocyclohexane) figurent parmi ces substances hautement toxiques et à forte rémanence.

Dans le cadre du Protocole de Montréal, certaines études scientifiques s'accordent sur le fait que les émissions de chlorofluorocarbure de carbone, de méthyle chloroforme, de bromure de méthyle et autres substances produites par l'homme sont responsables de l'appauvrissement de la couche d'ozone : des millions de molécules d'ozone sont détruites toutes les minutes, ce qui augmente la quantité de rayons ultraviolets nocifs qui atteignent la surface terrestre. Ainsi, les hommes, les animaux et les plantes sont exposés à ce rayonnement qui augmentent les risques de cancer de la peau et de cataracte, réduit la productivité agricole et porte gravement atteinte à la chaîne alimentaire des océans.

A titre d'illustration de cette situation, nous évoquons un extrait du rapport établit par M. Lassina Traore, Ministère de l'Agriculture et Coordinateur du programme ASP au Mali : ''Le Mali a procédé à des inventaires non exhaustifs qui ont permis de recenser environ 270 tonnes de pesticides obsolètes, 1617 récipients et 40,000 tonnes de terre contaminés. Dans les localités de Tin-Essako et Anefis, deux points d'eau pérennes et le lait de chèvre sont pollués par la drieline contaminant ainsi la chaîne alimentaire…''

3- Dispositions internationales pour limiter les risques des produits chimiques

C'est dans ce cadre que la communauté internationale a mis en place différents instruments internationaux visant à gérer les risques chimiques. Il s'agit entre autres :

des Conventions :

-   de Bâle sur les mouvements transfrontaliers des déchets chimiques,
-   de Rotterdam sur la Procédure d'Information et de Consentement Préalable (PIC),
-   de Stockholm sur les Polluants Organiques Persistants (POPs),
-   de Bamako SUR l'interdiction d'importer des déchets dangereux et le contrôle de leurs mouvements trans-frontaliers en Afrique

des Protocoles :

-   de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d'ozone ;
-   de Kyoto à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ;

du Forum Intergouvernemental sur la Sécurité Chimique (IFCS) ;

de l'Approche Stratégique pour la Gestion Internationale des Produits Chimiques (SAICM),

du Code international de conduite pour la distribution et l'utilisation des pesticides de la FAO ;

des directives de Londres applicables à l'échange de renseignements sur les produits chimiques qui font l'objet du commerce international, etc.

L'engagement de la communauté internationale s'est confirmé lors du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg en 2002 qui, dans le cadre de son "Plan d'action", s'est fixé comme but de faire en sorte que, d'ici à 2020, les produits chimiques soient utilisés et produits de manière à ce que les effets néfastes qu'ils ont sur la santé des êtres humains et sur l'environnement soient réduits au minimum.

Les pays africains qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour suivre et contrôler l'importation, la production et l'utilisation de ces produits chimiques, selon les dispositions internationales ci-dessus et faire face aux incidents liés à ces produits sont particulièrement exposés au risque chimique.

En plus, peu d'entre eux ont ratifié les instruments internationaux sur les produits chimiques (à la date du 23 mars 2004,18 pays ont ratifié Rotterdam et 12 ont ratifié Stockholm) , pour qu'ils aient force obligatoire sur leur territoire. Les autres instruments, qui n'ont pas un caractère juridiquement contraignant, bien qu'étant indispensables pour la gestion des risques liés aux produits chimiques, ne sont également pas mis en œuvre. Il convient de rappeler ici que la majorité de ces conventions est déjà entrée en vigueur.

4- Les causes de l'accumulation des pesticides

Les plus grandes causes de cette accumulation des pesticides, sont les grandes sécheresses et les infestations de criquets. Cependant, les causes permanentes sont liées à la faiblesse du système de prévention (réglementations, formation, sensibilisation)

L'essentiel de ces stocks correspond à des restes de pesticides livrés dans le cadre de programmes d'assistance extérieure. D'après la FAO, l'accumulation des stocks de pesticides inutilisés tient notamment aux raisons suivantes :
-  mesures d'interdiction qui frappent des pesticides encore en stock ;
-  entreposage prolongé de produits à durée de conservation limitée ;
-  difficulté de prévoir les infestations de ravageurs, comme les acridiens ;
-  dons excessifs (inappropriés, intempestifs et non coordonnés) ;
-  arrivée tardive des dons (après la campagne agricole) ;
-  insuffisances des moyens d'entreposage ;
-  manque de formation du personnel à la gestion des stocks.

5- Estimation des Coûts de Nettoyage des stocks de pesticides en Afrique

Le coût d'élimination et de destruction des pesticides est d'environ 3 dollars le kilo ou le litre. Ajouté à cela les frais d'inventaire de ramassage et de transport, nous pouvons estimer à 10 dollars le kilo ou le litre de pesticide. Pour le nettoyage de 50 000 t, de pesticides en Afrique, il faudra 300 millions de dollars.

Pourtant, dans les années 96, on avançait le chiffre de 100 millions de dollars pour le seul continent africain, les coûts de l'élimination des 20 000 t de pesticides inventoriés. Après l'inventaire de 2001, l'Union Africaine réclamait ''200 millions de dollars pour transporter et détruire ce stock dangereux''.

Initié en l'an 2000, le Programme d'élimination des stocks de pesticides périmés ''African Stockpiles Program (ASP)'' s'étendra sur une période de 12 à 15 ans et coûtera approximativement 250 millions de dollars. Le nettoyage, la prévention et le renforcement des capacités qui se dérouleront au cours de la première phase sont estimés à 70 millions de dollars.

6- Actions déjà menées

Jusqu'à présent, moins de 3.000 tonnes de pesticides ont été éliminées de Afrique et au Proche-Orient, financés essentiellement par les gouvernements et les organismes d'aide. En effet, l'opération de nettoyage jusqu'à ce jour est l'action plus ou moins timide des donateurs tels : l'Allemagne, les Etats-Unis, les Pays-Bas, la Suède et la FAO. L'industrie, à travers le CropLife s'implique aussi à environ 30%, essentiellement dans l'inventaire, la collecte et le transport, l'incinération ainsi que dans les actions préventives : réglementation, formation et sensibilisation.

7- Solutions envisagées

Un groupe constitué par des organisations internationales, intergouvernementales, industrielles et des ONG a été chargé d'élaborer un projet pour enlever ces stocks et les transporter en Europe pour y être détruits sur des sites prévus à cet effet. Il s'agit du projet African Stockpiles Program (ASP). Placée sous l'égide du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique), les réunions se sont concentrées sur la finalisation de la conception générale du programme et sur les problématiques spécifiques aux 7 pays qui participeront aux premières opérations de nettoyage et de prévention qui se dérouleront au cours de la première phase du programme (2004-2007).

Cette initiative a, jusqu'ici bénéficié, de l'assistance financière du Fonds pour la protection de l'environnement et du Fonds d'affectation spéciale canadien de la Banque mondiale et de diverses contributions.

Des représentants de l'Afrique du Sud, de 6 autres gouvernements africains concernés par la première phase (Éthiopie, Mali, Maroc, Nigeria, Tanzanie et Tunisie) et d'une douzaine d'organisations régionales et internationales se sont rencontrés pour une réunion de 2 semaines en Afrique du Sud. Cette réunion leur a permis d'établir la planification des programmes de nettoyage des stocks de pesticides périmés et de prévention contre l'accumulation de nouveau stocks. Chaque délégation a travaillé sur des aspects en relation avec son problème spécifique, notamment sur :
-   l'étendue et la nature des stocks de pesticides et les modalités pratiques de les nettoyer ;
-   l'assistance technique et financière nécessaire à un nettoyage et à la mise en place de mesure de prévention.

Les participants provenant d'organisations régionales et internationales ont promis de fournir l'appui, l'expertise technique et politique susceptible d'aider au démarrage effectif du Programme. En plus du NEPAD, les organisations présentes comprenaient notamment l'Union Africaine, la Banque Mondiale, la FAO, l'OMS, CropLife international, le World Wide Fund.

Le NEPAD, en tant que programme socio-économique de l'Union Africaine, cherche à appliquer des solutions africaines aux problèmes africains, avec l'appui des partenaires. L'Union Africaine a entériné le Plan d'Action Environnemental du NEPAD, développé sous les auspices de La Conférence des Ministres Africains sur l'Environnement (AMCEN). En incluant la gestion des pesticides et des produits chimiques dans les résultats du Sommet Mondial sur le Développement Durable, l'ASP, devient automatiquement une des priorités du NEPAD.

Sous un autre plan, le Conseil Phytosanitaire Interafricain organe spécialisé de l'Union Africaine a conçu une stratégie basée sur la prévention et la protection des végétaux par la méthode dite ''Lutte Intégrée''. La prévention consiste au renforcement et à l'harmonisation des réglementations phytosanitaires ainsi qu'à la sensibilisation sur les bonnes pratiques agricoles.

Mais, toutes ces opérations de prévention et de lutte intégrée qui devraient efficacement contribuer à la limitation de l'accumulation des stocks de pesticides en Afrique n'ont pas une source de financement pérenne. D'où les difficultés de fonctionnement rencontrées par certaines initiatives ayant un rôle capital dans la gestion des pesticides (le CPI, le Comité Sahélien des Pesticides (CSP), le Comité des Pesticides d'Afrique Centrale (CPAC), etc.).

Analyse

C'est donc depuis environ 40 ans que les pesticides obsolètes s'accumulent en Afrique. Dans un premier temps, les auteurs le faisaient soit inconsciemment soit pour des motivations égoÏstes. Il n'y a que depuis une dizaine d'années que la communauté internationale a prit conscience de la gravité de cette pollution, qui ne se limite pas seulement en Afrique, mais attaque l'ozone qui est un patrimoine commun, indispensable à la vie sur le globe terrestre. Malgré cette prise de conscience, les actions menées restent encore timides par rapport à la gravité du problème : en 10 ans d'efforts, sur les 50 000 t de pesticides obsolètes, il y a moins de 3 000 t qui ont été nettoyés. Pendant que ces efforts sont consentis, d'autres stocks continuent à s'accumuler : comme nous l'avons signalé plus haut, entre deux inventaires (espacés de 5 ans seulement) il y a eu 30 000 t de pesticides qui se sont ajoutés.

Cette tendance est loin d'être réversible, car l'utilisation des produits chimiques étant encore nécessaire dans certains cas, les pesticides seront toujours fabriqués (70 000 nouvelles molécules par an) et vendus (plus d'un milliard six cent million de dollars de chiffre d'affaires sur les pesticides). Ce qu'il reste à faire, c'est de trouver des solutions sûres et durables pour le nettoyage des stocks et la rationalisation de l'approvisionnement de ces produits chimiques en Afrique pour renforcer les efforts déjà consentis.

Certains apports au programme ASP, annoncés au cours des rencontres consacrées à la recherche des solutions à ce problème, sont truffés d'incertitudes. C'est ainsi que le Global Environment Fund (GEF) promettait une contribution de 25 millions de dollars dans le déroulement de la première phase (estimée à 70 millions de dollars) : ''à condition que : a) le co-financement des 45 millions résiduels soit assuré et b) les pays participants aient ratifié la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants''

Il y a certainement des auteurs de l'accumulation des stocks de pesticides qui n'ont pas le droit d'être complaisant pendant la recherche des solutions. Mais le plus difficile dans cette situation dramatique est d'établir les responsabilités. Car celles-ci étant établies, les coupables devraient être contraints de s'acquitter de leurs devoirs. Face à cette difficulté, certains responsables de cette situation sèment la confusion. L'exemple est cette déclaration de Dr. Chris Waller chef du projet ''Pesticides obsolètes'' au CropLife : « …le CropLife souhaite contribuer à cette opération de nettoyage de pesticides, rien que pour les stocks provenant de ses membres… ». Cette déclaration a été avancée vaguement, sans aucune indication sur les méthodes de tri ou d'identification des stocks provenant de ses membres.

Conclusion

La contribution du FADENAH à la recherche des solutions durables au problème des pesticides, va en droite ligne avec le principe cardinal du NEPAD qui veut que les problèmes africains trouvent des solutions africaines. En ce qui concerne le problème des pesticides, le scénario suivant devient cyclique : « invasion des ravageurs - requêtes des pays pour l'approvisionnement en pesticides - dons des pesticides - requêtes des pays pour l'élimination des stocks », ainsi de suite. Etant entendu que si cette tendance continue, l'Afrique restera dans la position inconfortable de demandeur chronique, face aux donateurs complaisants et de plus en plus exigeants, bien qu'étant conscient de la menace que cette pollution de l'Afrique représente pour tout le globe terrestre.

Au vu de ce qui précède, il est logique de conclure que le problème des stocks de pesticides obsolètes en Afrique est loin d'être résolue si une stratégie de financement automatique et durable n'est pas associée aux efforts déjà entrepris. C'est dans ce cadre que le FADENAH a proposer au CPI, qui l'a accepté, l'idée de création d'un fonds intitulé : ''FONDS SPECIAL POUR LES PRODUITS CHIMIQUES EN AFRIQUE (FSPCA)''.

Projet de Création d'un Fonds Spécial pour les Produits Chimiques en Afrique

Monsieur le Directeur de l'Economie Rurale et Agriculture (DERA), Commission de l'Union Africaine, Addis Abeba, Ethiopie

Objet : Arguments pour réponse aux commentaires du DERA Par M. Benoît B. Bouato
Bouato B. Benoît - 6 ko
Bouato B. Benoît

Monsieur le Directeur,

J'ai l'honneur d'accuser réception de vos commentaires concernant le projet de création d'un fonds spécial pour les produits chimiques en Afrique et je me réjouis du dynamisme que vous êtes entrain d'instaurer dans cette direction depuis votre prise de fonctions. A cette allure, je suis très certain que beaucoup de choses vont changer dans le bon sens pour le développement de notre cher continent.

Ceci dit, nous avons parcouru vos commentaires qui sont d'une pertinence indéniable et avons apporté des clarifications pour vous aider à mieux comprendre notre proposition.

1- Premièrement, comme vous l'avez indiqué, ce fonds est destiné prioritairement aux activités de prévention. Nous avons souligné cette idée dans notre analyse au niveau du paragraphe suivant : ''Mais, toutes ces opérations de prévention et de lutte intégrée qui devraient efficacement contribuer à la limitation de l'accumulation des stocks de pesticides en Afrique n'ont pas une source de financement pérenne. D'où les difficultés de fonctionnement rencontrées par certaines initiatives ayant un rôle capital dans la gestion des pesticides : CPI, Comité Sahélien des Pesticides (CSP), Comité des Pesticides d'Afrique Centrale (CPAC), etc…''

2- Concernant le programme ASP, nous avons plusieurs fois rappelé à ce programme notre rôle dans le domaine des pesticides agricoles qui constituent la plus grande partie des stocks obsolètes en Afrique. Mais, le CPI n'a jamais été associé dans la programmation de ses activités. Cette occasion nous permet de lancer encore un appel à ce programme pour qu'il utilise les moyens mise à sa disposition afin de nous aider à créer ce fonds à vocation pérenne. Car, comme vous le dites dans vos commentaires, et tel que nous l'avions fait ressortir dans notre analyse, le recours à l'assistance, présente déjà, non seulement des signes de fatigue, mais aussi, nous met dans une position inconfortable d'éternels assistés.

Le problème des pesticides obsolètes relève de l'environnement certes, mais quand il s'agit des pesticides agricoles, l'agriculture doit être étroitement associée pour l'organisation efficace des interventions sur le terrain. Et nous pensons que le CPI qui est en contact permanent avec tous les points focaux de son réseau phytosanitaire en Afrique peut jouer un rôle important de sensibilisation et de repérage des stocks de pesticides obsolètes.

Nous comptons sur votre perspicacité pour rétablir la logique qui veut que le CPI, organe spécialisé de l'Union Africaine dans le domaine phytosanitaire et qui de surcroît est le noyau des services nationaux de protection des végétaux des pays membres (les plus grands utilisateurs des pesticides), soit étroitement associé au programme ASP du siège pour la recherche des solutions et la mise en œuvre de ce programme.

3- L'analyse que nous avons menée nous a conduit au constat suivant : l'industrie est contrainte par les réglementations internationales à fabriquer les pesticides de moins en moins dangereux. Les indélicatesses de l'industrie et de toutes la chaîne de distribution et utilisation des pesticides, sont réprimés par les dispositions des conventions internationales (PIC, POP, Bâle, etc.). La mise en application de ces conventions est la garantie d'un approvisionnement et d'une utilisation adéquate des produits chimiques. Les pays développés qui ont les moyens de la mise en application de ces conventions ont moins de problèmes liés aux pesticides. Pour en arriver là, c'est sûr qu'il y a eu beaucoup de sacrifices de leur part.

4- En Afrique, beaucoup de stocks de pesticides se forment au cours des grandes invasions ou des grands fléaux, gérés par les gouvernements, qui traitent directement avec les fabricants ou les donateurs et les bailleurs de fonds. C'est à ce niveau qu'il faut penser aux conséquences des produits chimiques. Même au niveau du petit producteur, nous pensons que celui-ci doit aussi penser aux conséquences des pesticides qu'il utilise pour améliorer sa production. Cette obligation de penser aux conséquences des pesticides peut être comparée à la situation d'un malade qui achète un médicament à effets secondaires. Ce malade, se laissera-t-il emporté par ces effets secondaires du médicament qui vient de le soulager d'une douleur lancinante ?…

5- Si le CPI a initié une réflexion de base pour la recherche des solutions africaines et durables au problème des produits chimiques à usage phytosanitaire, c'est parce que selon notre analyse y relative, les solutions préconisées ont montré leurs limites et nous ont conduit à la dépendance chronique vis à vis des donateurs et des bailleurs de fonds extérieurs. En conformité avec les idéaux du NEPAD, nous nous sommes trouvés au terme de notre réflexion, dans l'obligation de proposer la création d'un fonds spécial pour les produits chimiques phytosanitaires en Afrique.

6- Le CPI, dans le cadre de son mandat a pour mission entre autre, de conseiller les pays membres sur les politiques phytosanitaires en Afrique… Cette proposition va en droite ligne aussi avec les dispositions de notre mandat dans ce domaine. N'ayant pas de mandat et compétence politiques ou administratifs, le CPI a soumit sa proposition à la hiérarchie qui est dotée de tous les pouvoirs et mécanismes pouvant lui donner une forme convenable pour sa mise en application. Ainsi, si le principe de création d'un fonds spécial approvisionné par des mécanismes automatiques et durables est accepté, il revient à la hiérarchie d'initier une autre réflexion pour les modalités de fonctionnement de ce fonds. Pour cela, le CPI propose l'organisation d'une rencontre sous l'égide du siège de la Commission de l'Union Africaine et qui pourra réunir, en plus des concepteurs de cette initiative, les spécialistes en management de ce genre de fonds et les administrateurs, pour définir tous les contours de ce projet.

Tout en restant à votre disposition pour d'éventuelles clarifications qui feront avancer cette initiative, nous vous prions de recevoir l'expression de nos sentiments les distingués


{{Doc à télécharger}} : Initiative de Yaoundé sur les Pesticides - Les pesticides sont encore nécessaires pour la production des cultures vivrières et le Projet Lutte contre les Grands Fléaux des Vivriers doit en tenir compte
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