Départ de la Secrétaire scientifique adjointe du CPI.
Par Benoît B. BOUATO, Chef de section Information et Documentation du CPI
dimanche 16 juillet 2006.
Arrivée au Conseil phytosanitaire interafricain (CPI) comme Secrétaire scientifique adjointe, depuis 1996, Dr. Sarah Ahono Olembo en repart après 10 ans de service. Au cours de cette période, Dr. Olembo a eu à s'occuper des problèmes de la phytopathologie au CPI. Cette section du CPI qu'elle a récréé, était abandonnée depuis le départ du CPI en 1979, de l'ancien Secrétaire scientifique, Dr. Addoh, qui était aussi phytopathologiste.
C'est ainsi qu'elle a relancé le système de quarantaine végétale à travers l'Afrique et entrepris la révision de la Convention africaine pour la protection des végétaux adoptée depuis 1967 et elle a relancé le processus de ratification. Dans le même cadre de restructuration de cette section, elle a conçu une nouvelle organisation du système de sécurité alimentaire en Afrique et proposé au département de l'Economie rurale et agriculture, ainsi qu'une proposition portant sur le développement d'une structure d'informations bio sécuritaires (BIF) pour la région Afrique.
Dès son arrivée, Dr. Olembo, qui participait déjà à des réseaux scientifiques, en sa qualité d'enseignante à l'Université Jomo Kenyatta de Nairobi, a vite fait de se plonger directement dans le sujet en mettant les bases d'une collaboration entre toutes les structures et les personnes concernées. Avec ses relations, elle a réussi à faire prendre conscience à la communauté scientifique internationale, de l'importance du renforcement du CPI pour l'aider à accomplir ses missions relatives à la santé des végétaux en Afrique.
Estimant que la meilleure façon de convaincre ses interlocuteurs pour la cause du CPI, est la concertation et le contact direct, Dr. Olembo a prit son bâton de pèlerin, pour parcourir le monde entier. Il lui arrivait ainsi de passer de Sao Paulo à Wageningen, via Ottawa et Chicago afin d'atterrir à Maputo au cours de ses multiples périples, pour rappeler aux uns (occidentaux), leurs responsabilités vis-à-vis de l'Afrique et aux autres (africains) la nécessité de s'arrimer à la mondialisation.
Au cours de ses nombreux périples, elle emportait dans sa gibecière, tout ce qui était nécessaire pour le développement de l'Afrique dans son domaine, à l'instar de cette ''boîte à outils réglementaires SPS'' pour les diverses méthodes d'évaluation des risques SPS utilisées dans le processus de prise de décision. C'est dans ce cadre qu'elle a réussi à décrocher certains projets qui ont fait bénéficier les pays membres de l'Union Africaine dans les domaines les plus pointus de la science phytosanitaire, à savoir : le renforcement des capacités en analyse des risques phytosanitaires en Afrique, l'harmonisation des législations phytosanitaires africaines, la sécurité dans l'utilisation des appareils de pulvérisation des pesticides, etc.
Sa connaissance parfaite des dispositions particulières prévues pour l'Afrique dans certaines organisations internationales, telles que l'OMC, la FAO, l'OMS, le Codex alimentarius, etc., la transformée en véritable éveilleuse de conscience, pour ceux qui faisaient semblant d'oublier ces dispositions. Elle ne cessait de clamer haut et fort que l'Afrique a besoin d'assistance pour résoudre certains problèmes comme ceux des certificats phytosanitaires frauduleux et celui relatif à la crédibilité des certificats phytosanitaires. Pour cela, elle proposait la voix de la formation en certification pour aider les pays africains à enrayer la fraude. Il lui arrivait de résumer ses convictions profondes en ces termes et je cite : « Nous espérons nous faire l'avocat du diable pour nos Etats membres et faire part de leurs besoins sus énumérés dans différentes tribunes internationales dont la 7ème réunion de la CIMP qui se tiendra à Rome au mois d'avril prochain, le séminaire sur les NIMP 5 de Vancouver au Canada ainsi que la 17ème CT qui se tiendra à Sao Paulo en août prochain. Nous espérons que ces activités susciteront le soutien international… »
Joignant l'acte à la parole, Dr. Olembo s'est fait entendre en faisant prendre conscience au niveau de la Consultation Technique (CT) des Organisations régionales de la protection des végétaux (ORPV), des difficultés rencontrées par les pays africains dans le respect des Normes Internationales des Mesures Phytosanitaires (NIMP). Après cette plaidoirie, elle a obtenu la promesse de l'application de l'article 9 de l'Accord OMC-SPS, sur l'assistance des pays développés à l'Afrique dans ce domaine, au cas ou elle présenterait un document détaillant les modalités pratiques de cette assistance. Ce document ayant été présenté, Dr. Olembo suit le dossier, pour son aboutissement rapide.
Pour arrimer les pays africains à la mouvance internationale sur l'assainissement de la production agricole pour la compétitivité, Dr. Olembo s'est donner pour devoir, d'inciter les pays africains au respect des normes et à la ratification des conventions internationales, à la formation et l'établissement de diagnostics, du matériels de sondage et traitements phytosanitaires afin d'accroître les patrouilles et les contrôles aux frontières et autres points d'entrée, à la création des laboratoires régionaux pour contrôler les LMR et la contamination des produits frais par les produits chimiques, etc.
Le programme de Dr. Olembo s'est alourdi encore ces derniers temps avec le départ du Dr. Nkouka Nazaire Secrétaire scientifique sortant, et l'arrivée de Dr. Koumba Koumba Daniel nouveau directeur du CPI, qui n'était pas encore bien imprégné des réalités du CPI. En effet, cette période de transition a contraint Dr. Olembo à assumer plusieurs rôles à la fois, surtout au cours des rencontres que le CPI a organisé ces derniers temps, à l'instar de la 22e assemblée générale et du 2e comité de pilotage du CPI, où elle s'occupait en même temps : de la sélection des participants, du choix des thèmes, de l'organisation des réunions, du secrétariat, de l'orientation des débats, etc.
Notre but ici n'est pas de faire un bilan de l'action du Dr. Olembo au CPI, car nous n'avons ni les compétences, ni le temps de le faire. Nous voulons seulement illustrer, en quelques phrases, sa passion pour le CPI et son acharnement pour la défense des intérêts de l'Afrique dans le domaine phytosanitaire. Cette passion l'a emmené à tout sacrifier pour se donner du temps nécessaire à l'accomplissement des missions qu'elle s'était fixée. Ainsi, elle a choisit la solitude en rapatriant toute sa famille à Nairobi, afin de consacrer tout son temps au CPI. Pendant ses escales à Yaoundé, il lui arrivait de travailler d'affiler pendant 48 h, entrecoupées seulement de quelques minutes de sommeil et de grignotage de fruits et cacahuètes, qu'elle trimbalait dans ses sacs à documents.
Le seul handicap du Dr. Olembo est la langue française qui devrait lui permettre d'échanger avec ses interlocuteurs francophones et de mieux se faire comprendre. Malheureusement, la volonté affichée dès son arrivée, en s'inscrivant aux cours du Centre Pilote, s'est vite estompée à cause de la complexité et des tournures de la langue de Molière, qui pouvaient lui voler un peu de son temps à consacrer aux vrais problèmes phytosanitaire de l'Afrique.
C'est pour intensifier son œuvre que le Président de la Commission de l'Union africaine vient de la nommer au siège pour coordonner l'action phytosanitaire au niveau des prises de décisions, afin de couronner son œuvre. Ainsi, elle aura plus de possibilités pour faire passer ses propositions salutaires dans la science phytosanitaire.
Nous lui souhaitons plein succès dans ses nouvelles fonctions et croyons que son amour pour le CPI l'amènera à continuer à défendre ce bureau à un niveau supérieur, plus efficacement.